Apigénine
L'apigénine, ce flavonoïde discret que l'on trouve aussi bien dans un bouquet de persil que dans les fleurs de cannabis, commence à faire parler d'elle dans les laboratoires du monde entier. Mais qu'est-ce que la science sait vraiment de ce composé ? Et quel lien entretient-il avec l'odorat et le nez ? Plongée dans une molécule qui mérite qu'on y prête attention.
Une flavone dans votre assiette (et dans votre joint)
L'apigénine — aussi appelée apigénol — appartient à la grande famille des flavonoïdes, ces pigments végétaux aux multiples rôles biologiques. Plus précisément, elle fait partie de la sous-famille des flavones, caractérisée par une structure chimique à deux cycles aromatiques reliés par un pont à trois carbones.
Ce qui rend l'apigénine particulièrement intéressante, c'est son omniprésence dans le règne végétal. On la retrouve notamment dans :
- Le persil (l'une des sources les plus concentrées)
- La camomille (sous forme de glucoside dans la célèbre tisane)
- Le romarin
- L'achillée millefeuille
- Le plantain
- La passiflore
- Et bien sûr… le cannabis
Dans la plante de cannabis, l'apigénine fait partie du cortège de flavonoïdes qui accompagnent les cannabinoïdes et les terpènes. Elle participe à ce que certains chercheurs appellent l'« effet d'entourage », cette synergie potentielle entre les centaines de molécules de la plante — même si ce concept reste à ce jour encore activement débattu dans la littérature scientifique.
Le nez : bien plus qu'un simple filtre à odeurs
On pense souvent au nez comme à l'organe de l'odorat, mais c'est aussi une voie d'entrée privilégiée pour les molécules actives. La muqueuse nasale est richement vascularisée et offre un accès rapide à la circulation sanguine, voire au système nerveux central via le nerf olfactif. C'est ce qu'on appelle la voie nasale.
Dans le contexte des flavonoïdes comme l'apigénine, cette voie est étudiée pour une raison simple : elle permet potentiellement de contourner le premier passage hépatique, ce filtre que constitue le foie et qui dégrade souvent les molécules ingérées par voie orale avant qu'elles n'atteignent leur cible.
Des chercheurs explorent ainsi des formulations d'apigénine administrées par voie nasale — sous forme de sprays ou de nanoparticules — pour optimiser sa biodisponibilité, notamment en vue d'atteindre le cerveau plus efficacement. Cela reste un domaine de recherche naissant, mais il illustre parfaitement pourquoi le nez est bien plus qu'un organe sensoriel.
Ce que la recherche explore : inflammation, cerveau et métabolisme
La littérature scientifique sur l'apigénine est foisonnante. Une recherche dans les bases de données académiques remonte aujourd'hui plus de 1 500 publications sur le sujet. Que retenir de tout cela, sans tomber dans les promesses excessives ?
Un potentiel anti-inflammatoire documenté
L'apigénine est décrite dans de nombreuses études pour ses propriétés anti-inflammatoires. Elle agirait en modulant certaines voies de signalisation cellulaire impliquées dans la réponse inflammatoire. Ces observations ont majoritairement été réalisées *in vitro* (en éprouvette) ou sur des modèles animaux, ce qui impose une grande prudence quant à leur transposition à l'humain.
Une piste neuroscientifique sérieuse
Une publication chinoise de 2023 a attiré l'attention : *in vitro*, l'apigénine potentialiserait les activités neurotrophiques du BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor, ou facteur neurotrophique dérivé du cerveau), une protéine essentielle à la survie et à la plasticité des neurones. Les auteurs suggèrent un potentiel d'intérêt dans l'étude des maladies neurodégénératives et des états dépressifs. Il convient de souligner : ces résultats sont préliminaires et ne permettent pas de conclure à une efficacité chez l'humain.
Un interacteur du métabolisme des médicaments
Point crucial souvent négligé : l'apigénine est un inhibiteur potentiel du CYP2C9, une enzyme du cytochrome P450 impliquée dans le métabolisme de nombreux médicaments courants (anticoagulants, anti-inflammatoires, certains antidiabétiques…). En inhibant cette enzyme, l'apigénine pourrait, en théorie, modifier la façon dont l'organisme élimine ces substances — à la hausse ou à la baisse. C'est un signal d'alerte important pour quiconque prend des traitements réguliers et consomme des plantes riches en apigénine en grande quantité.
Apigénine et cancer : des données à lire avec rigueur
C'est probablement le domaine où les publications sont les plus nombreuses et les plus commentées. Plusieurs études — là encore principalement *in vitro* ou sur des modèles murins — ont exploré les effets de l'apigénine sur des cellules cancéreuses, notamment dans le cadre du cancer du sein.
Le mécanisme évoqué est fascinant : l'apigénine serait associée à des facteurs d'épissage de l'ARN, ces protéines qui décident quelles parties d'un gène vont être "lues" pour fabriquer une protéine. En interagissant avec eux, elle pourrait orienter certaines cellules vers l'apoptose — autrement dit, la mort cellulaire programmée, un processus naturel que les cellules cancéreuses cherchent précisément à éviter.
Ces données sont intéressantes. Elles sont aussi très loin de constituer une démonstration d'efficacité clinique. La distance entre « une molécule tue des cellules cancéreuses dans une boîte de Petri » et « cette molécule est utile contre le cancer chez l'être humain » est immense, et des centaines de composés prometteurs en laboratoire n'ont jamais confirmé leurs effets chez l'humain.
Apigénine et cannabis : une molécule parmi des centaines
Dans le cannabis, l'apigénine est l'une des nombreuses molécules non-cannabinoïdes qui accompagnent le THC et le CBD. Sa concentration varie selon les variétés, les conditions de culture et les parties de la plante analysées.
Ce que l'on sait, c'est que le profil moléculaire complet d'une plante de cannabis — cannabinoïdes, terpènes, flavonoïdes dont l'apigénine — est bien plus complexe qu'une simple somme de ses parties. La recherche commence à peine à cartographier ces interactions. Les produits à base de CBD légaux (≤ 0,3 % de THC en France) peuvent contenir de l'apigénine, notamment dans les extraits de spectre complet ou large spectre.
En bref
- L'apigénine est un flavonoïde présent dans de nombreuses plantes alimentaires et médicinales, dont le cannabis, dont les recherches explorent les propriétés anti-inflammatoires et les interactions avec le cerveau.
- La voie nasale est étudiée comme mode d'administration potentiel pour améliorer sa biodisponibilité et son accès au système nerveux central.
- Les publications scientifiques sont nombreuses (> 1 500) mais majoritairement *in vitro* ou animales : aucune conclusion définitive sur l'efficacité chez l'humain n'est possible à ce stade.
- Son interaction potentielle avec l'enzyme CYP2C9 mérite attention : les personnes sous médication devraient en discuter avec un professionnel de santé avant de consommer massivement des plantes riches en apigénine.
Source
Rédigé à partir de : CC BY-SA 4.0 — cité, consultation interne.
Article rédigé par Weedypedia à partir de sources ouvertes, traduites et synthétisées. Contenu éducatif et de réduction des risques, sans allégation thérapeutique.